Permis de louer

Permis de louer : le guide à jour pour les agences immobilières

4 juillet 2026 8 min de lecture Par OKLÉON
Permis de louer — le guide à jour pour les agences immobilières | OKLÉON

Instauré par la loi ALUR de 2014, le permis de louer permet aux collectivités de contrôler la qualité des logements avant leur mise en location dans les secteurs où l'habitat se dégrade. Pour une agence, ce n'est pas une simple formalité de plus : une échéance manquée ou un régime mal identifié peut exposer le propriétaire à une amende et fragiliser votre mandat. Voici, du point de vue du gestionnaire, comment le dispositif fonctionne et comment le sécuriser.

Note. Les informations de cet article sont à jour en juillet 2026 et renvoient au Code de la construction et de l'habitation (CCH). Le permis de louer étant décidé localement, ses modalités varient d'une commune à l'autre : vérifiez toujours les règles applicables auprès de la collectivité concernée et, en cas de doute, sur service-public.fr et Légifrance.

Qu'est-ce que le permis de louer ?

Le permis de louer est un dispositif de lutte contre l'habitat indigne. Il autorise une intercommunalité (EPCI) compétente en matière d'habitat — ou, à défaut, une commune — à soumettre la mise en location de logements à un contrôle préalable, sur des secteurs géographiques délimités présentant une proportion importante d'habitat dégradé.

Le périmètre est fixé par une délibération, en cohérence avec le programme local de l'habitat (PLH). Le dispositif n'entre en vigueur qu'au minimum six mois après cette délibération. Autrement dit : le permis de louer ne s'applique ni partout, ni automatiquement. Il vise des quartiers, parfois quelques rues, choisis par la collectivité.

Deux régimes distincts existent, et les confondre est l'erreur la plus fréquente.

Permis de louer : deux régimes à ne pas confondre

Selon la zone, la collectivité peut avoir opté pour l'un ou l'autre de ces régimes — voire les deux sur des périmètres différents.

Déclaration de mise en location Autorisation préalable de mise en location (APML)
Nature Formalité déclarative Autorisation à obtenir avant de louer
Moment Dans les 15 jours après la signature du bail Avant chaque mise en location ou relocation
Base légale (CCH) Article L.634-3 Articles L.635-1 et suivants
Réponse de l'administration Récépissé de déclaration Décision sous 1 mois (silence = accord tacite)

La déclaration de mise en location

Ici, le logement se loue normalement : le bailleur transmet simplement une déclaration à la collectivité dans les 15 jours suivant la conclusion du bail (CCH, art. L.634-3). En retour, il reçoit un récépissé.

Ce récépissé n'est pas anodin : le bénéfice du paiement en tiers payant des aides personnelles au logement (APL versées directement au bailleur) est subordonné à sa production. Un point à ne pas négliger quand le locataire est allocataire. Nous détaillons ce régime dans un article dédié : déclaration de mise en location, mode d'emploi.

L'autorisation préalable de mise en location (APML)

C'est le régime le plus contraignant. Le logement ne peut pas être loué tant que l'autorisation n'a pas été obtenue. La demande se dépose à l'aide du formulaire Cerfa n° 15652*01, avant chaque nouvelle mise en location ou relocation.

L'administration dispose d'un mois pour se prononcer (CCH, art. L.635-4). Point essentiel pour votre organisation : le silence gardé pendant ce délai vaut autorisation tacite. Vous n'obtiendrez pas toujours un document ; l'absence de réponse au bout d'un mois autorise la location. Bonne pratique : conservez la preuve du dépôt et la date, elles matérialisent le point de départ du délai.

À noter : les reconductions de bail et les avenants ne sont pas soumis au dispositif. C'est le changement de locataire qui déclenche une nouvelle demande.

Comment savoir si un bien est concerné ?

Puisque tout dépend de la délibération locale, la seule réponse fiable vient de la collectivité elle-même. Concrètement, pour chaque bien mis en gestion dans une zone à risque :

  1. Vérifiez auprès de l'EPCI ou de la commune si l'adresse est incluse dans un périmètre de permis de louer.
  2. Identifiez quel régime s'applique (déclaration ou autorisation) sur ce périmètre.
  3. Repérez les pièces exigées localement (le formulaire Cerfa, mais souvent aussi le DPE et d'autres diagnostics).

Les périmètres et les modalités varient fortement d'un territoire à l'autre. Pour situer votre secteur, renseignez-vous en mairie et consultez notre panorama : quelles communes ont instauré le permis de louer.

La démarche, étape par étape pour le gestionnaire

Une fois le régime identifié, la mécanique est toujours la même :

  1. Constituer le dossier : formulaire Cerfa correspondant, diagnostics (DPE notamment) et pièces demandées par la collectivité.
  2. Déposer la demande ou la déclaration, au bon moment : avant de louer pour l'autorisation, dans les 15 jours pour la déclaration.
  3. Suivre le délai : pour l'APML, surveiller le délai d'un mois et tracer la date de dépôt (l'accord peut être tacite).
  4. Archiver la preuve : récépissé de déclaration ou autorisation (expresse ou tacite), à conserver au dossier du bien et à annexer au bail.
  5. Recommencer à chaque relocation pour les biens soumis à autorisation : c'est là que les oublis coûtent cher.

Le vrai enjeu opérationnel n'est pas de remplir un formulaire, c'est de ne jamais rater une échéance sur un parc où chaque relocation relance la procédure.

Sanctions : ce que risque le bailleur (et l'agence)

Le non-respect du permis de louer expose à des amendes administratives, prononcées par le maire ou le président de l'EPCI :

  • Mettre en location sans autorisation préalable (ou malgré un refus) : jusqu'à 5 000 €, et jusqu'à 15 000 € en cas de nouvelle infraction (CCH, art. L.635-7).
  • Ne pas effectuer la déclaration de mise en location : jusqu'à 5 000 € (CCH, art. L.634-3).

Deux garde-fous à connaître : l'amende ne peut être prononcée plus d'un an après la constatation des faits, et l'autorité doit d'abord informer le bailleur, qui dispose alors d'un mois pour présenter ses observations et régulariser sa situation.

Pour une agence, l'enjeu dépasse l'amende. Une échéance ratée, c'est un propriétaire potentiellement sanctionné et une responsabilité de mandataire engagée. La rigueur du suivi fait partie du service que vous vendez.

FAQ

Le permis de louer est-il obligatoire partout en France ? Non. Il ne s'applique que dans les zones délimitées par une commune ou une intercommunalité, choisies pour leur proportion d'habitat dégradé. Un même parc peut donc mélanger des biens soumis au dispositif et d'autres non : tout dépend de l'adresse et de la délibération locale.

Quelle différence entre déclaration et autorisation préalable de mise en location ? La déclaration est une simple formalité, à transmettre dans les 15 jours suivant la signature du bail. L'autorisation préalable (APML) doit, elle, être obtenue avant de louer : le logement ne peut pas être mis en location tant que la collectivité ne s'est pas prononcée (ou que le délai d'un mois n'est pas écoulé).

Que risque-t-on à louer sans permis de louer ? Une amende administrative jusqu'à 5 000 € pour une mise en location sans autorisation ou sans déclaration, portée jusqu'à 15 000 € en cas de récidive ou de location malgré un refus. Le bailleur peut toutefois être invité à régulariser sous un mois avant toute sanction.

Faut-il refaire le permis de louer à chaque changement de locataire ? Pour le régime d'autorisation préalable, oui : chaque nouvelle mise en location suppose une nouvelle demande. Les reconductions et avenants au bail en cours ne sont, en revanche, pas concernés.

Conclusion

Le permis de louer n'est pas une contrainte insurmontable : c'est une question de méthode. Identifier le bon régime, déposer au bon moment, suivre le délai d'un mois, archiver la preuve et recommencer à chaque relocation. Sur un parc de plusieurs dizaines de lots répartis sur des zones différentes, ce qui fait la différence, c'est un suivi outillé plutôt que des rappels éparpillés.

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